« Un nain assis sur la plus haute marche est plus haut qu’un géant dressé sur la plus basse. »
Proverbe arabe
Le compteur GPS de Benoit a rendu l’âme, définitivement. Et pour nous, maintenant, difficile d’imaginer rouler en terres inconnues sans guidage GPS, vitesses, pentes, températures et autres infos (indispensables) affichées par nos compteurs. Enfin, c’est surtout vrai pour Benoit ; et son compteur a rendu l’âme. Alors on profite de la grande ville pour chercher un nouvel appareil. Pas si évident, même à Belfast. On passe de boutique en boutique, d’un bout à l’autre de la ville, sur les conseils de vendeurs ou d’Internet, la 6° boutique est la bonne. Benoit peut respirer grâce à son nouveau Garmin !
Un choix difficile pour le cycliste : l’Irlande du nord au sud en direct, c’est 800km, par la côte c’est plutôt 2000km. Nous avions fait le choix de suivre la côte essentiellement au Connemara pour faire « court ». La route côtière au nord de l’Irlande (« Causeway Coastal Route ») nous a été vantée comme la plus belle route de l’île. Et elle passe par la Chaussée des Géants. Alors, changement d’itinéraire : on longera la côte nord depuis Belfast et on ira dire bonjour aux géants.
De Belfast, nous reprenons donc la route jusqu’à Larne. Justement, notre logeuse nous a signalé qu’elle a retrouvé un trousseau de clés oublié sur place. Merci à vous Tea ! Et la côte défile sous nos roues, belle route agréable et relativement plate qui réserve de superbes vues à chaque virage. Des plages, des ports, des falaises, des moutons, des coteaux bien vert… Et le soleil sublime le paysage. Ensuite, le temps se couvre peu à peu ; les fortes chaleurs de Belfast sont vite oubliées. On roule, on roule, encore plus de 90km aujourd’hui, déroulés aisément, cette route côtière est assez plate.
Nos roues croisent de beaux villages blottis au fond de criques ; en Irlande aussi, on aime colorer sa maison.
Une première nuit en camping à Cushendun dans un caravan park accueillant qui nous offre un bel emplacement gazonné comme il se doit avec table de pique-nique. La tente est montée vite fait bien fait ! Depuis Edimbourg, nous n’avons plus de réchaud (en panne, ré-expédié à Nice par la poste (et probablement perdu ou détruit par les services zélés de la douane britannique). Mais cette fois encore, une bouilloire est à disposition des campeurs et nous pouvons faire chauffer de l’eau pour la soupe et les pâtes instantanées. De quoi nous réchauffer car la soirée est encore bien fraîche (c’est quand l’été en Irlande ?).
La route côtière devient plus accidentée, on monte, on descend, on descend et on remonte. Mais la route quitte la côte et nous impose de bon matin une belle montée pour atteindre Ballycastel. Encore de superbes paysages de lochs, de prairies, de moutons, de falaises au loin.
Les nuages finissent par se soulager ; le vent souffle par rafales violentes. Oubliés les tee-shirts et shorts, nous voilà à nouveau en tenue de cosmonautes pour finir la journée.
Enfin, la Chaussée des Géants. Le site est gigantesque (c’est le cas de le dire), plusieurs itinéraires proposent des parcours à pied depuis le haut ou le bas de la falaise. La foule qui gravite sur le site contraste avec ce qu’on a croisé jusqu’ici en Irlande. Nous garons nos vélos tout chargés contre une clôture et bravons les bourrasques pour descendre à pied vers le bord de mer et ses amoncellements de pierres. Heureusement, une soudaine trêve météo nous accueille en bas ! Quel endroit extraordinaire !
Les colonnes sont des piliers naturels de lave solidifiée; elles se forment par le refroidissement et la contraction de la lave (composée à 90 % de basalte), ce qui provoque la fissuration du sol en longues colonnes géométriques. Ces colonnes prennent souvent la forme d’hexagones, de pentagones ou d’octogones en raison du processus de refroidissement qui peut parfois durer plus d’un siècle.
La Chaussée des Géants se caractérise par environ 40 000 colonnes hexagonales verticales juxtaposées. L’ensemble, érodé par l’action de la mer, évoque un pavage qui débute de la base de la falaise et disparait dans la mer. Les plus grandes de ces colonnes atteignent près de 12 mètres de haut. La plupart ont une section de forme hexagonale, mais certaines colonnes ont quatre, cinq, sept, huit voire neuf ou dix faces. La section des prismes peut avoir une surface plane, convexe ou concave. L’ensemble évoque une chaussée ancienne au pavage irrégulier.
Selon la légende, deux géants ennemis vivaient de chaque côté de la mer, l’un en Écosse, appelé Benandonner, et l’autre en Irlande, nommé Fionn Mac Cumhaill. Le géant écossais parlait de son rival irlandais comme d’une personne négligée et froussarde jusqu’au jour où celui-ci, piqué au vif, dit à l’Écossais de venir se battre pour lui prouver qu’il était le plus fort ! Mais comment franchir la mer ? L’Irlandais jeta des pierres dans l’eau pour construire un chemin praticable, une « chaussée » entre l’Écosse et l’Irlande. Mais quand il vit approcher son adversaire, l’Irlandais fut pris de panique car il était beaucoup plus petit que son adversaire ! Il courut demander conseil à sa femme, qui eut juste le temps de le déguiser en bébé avant l’arrivée du géant écossais. À ce dernier, elle présenta son « fils », qui n’était autre que son mari déguisé. Le géant écossais, voyant la taille de ce « bébé », prit peur. Affolé à l’idée de la taille du père et par conséquent de sa puissance, il prit ses jambes à son cou et s’en retourna dans ses terres d’Écosse en prenant soin de démonter la chaussée pour que l’Irlandais ne risque pas de rejoindre son île.
La Chaussée des Géants n’est pas le seul site géologique composé d’orgues basaltiques. On trouve des formations similaires :
- au Mexique, les Prismes basaltiques de Santa María Regla
- en Californie, le Monument national de Devils Postpile
- en Ecosse, sur l’île inhabitée de Staffa, la Grotte de Fingal
- en Islande, Svartifoss
- au Japon, les Gorges de Takachiho
- sur l’île de Kounachir, entre la Russie et le Japon, les falaises du cap Stolbckatiy
- en Australie, le Cap Raoul
- et encore au Niger, la Piscine Hexagonale
Encore quelques jolis coins du monde à visiter !
Il nous reste un bon bout de route jusqu’à notre hébergement de Portstewart. Le soir tombe tranquillement. Le soleil trace un rai de lumière sur la mer au loin.
Portstewart et l’accueillante Causeway Guesthouse de Rick ; nous pouvons même parquer les vélos dans le salon plutôt que les laisser bien en vue devant la maison. Portstewart un dimanche soir : après 18h tous les restos sont fermés ou ne servent que bières, boissons chaudes et pâtisseries. La « promenade » de bord de mer (c’est son nom) est parcourue sans cesse par des voitures pétaradantes qui tournent en rond dans la ville, jeunes hommes désœuvrés ; drôle d’ambiance…
La météo n’est encore pas très sympathique pour notre route jusqu’à Londonderry; et quand le soleil manque et que la pluie montre son nez, on sort peu les appareils photo.
Londonderry nous accueille avec sa passerelle qui rappelle celle de Newcastel, après avoir essuyé une grosse averse ; nous arrivons dégoulinants à notre hébergement, un magnifique appartement vaste et confortable où nous pouvons même faire sécher un peu la toile de tente. Avec toute cette pluie froide, on renonce à ressortir visiter la ville ; on tente même de rester une nuit de plus mais l’appartement a du succès, il est déjà réservé. Heureusement, au matin, le temps n’est pas trop mauvais nous pouvons faire le tour des muraux (voir ici l’article sur Belfast et Londonderry) avant de prendre la route. Et en quittant la ville, un arrêt en pharmacie car nous avons tous deux attrapé un bon rhume.

En Irlande, plus que les rhododendrons, ce sont les hortensias !