
J’ouvre une fenêtre… sur le Je-ne-sais-quoi
« Comme toutes les choses très importantes, plus elles jouent un grand rôle dans notre vie, plus elles sont impalpables, invisibles et manipulables. Ce n’est pas un nouveau concept que j’aurais inventé et qui s’ajouterait à la liste déjà longue des concepts qui meublent l’histoire de la philosophie. Je prétends à autre chose : ce n’est pas un concept, ce n’est pas un ‘joujou’ avec lequel on puisse jouer ce ‘Je-ne-sais-quoi’. Il faut bien donner un nom à ce qui est impalpable«
Vladimir Jankélévitch
J’ai tourné autour, fait défiler mes roues, défait puis enrouer le fil de mes idées maintes et maintes fois au gré du vent, des rayons de soleil, des paysages, ouvert et refermer cette page en y ajoutant un peu de matière ou pas, jamais vraiment satisfaite. Quelques idées étaient là, Vladimir bien sûr m’aidait beaucoup mais pas encore publiable. Et aujourd’hui, sous le soleil écrasant nous montions pour franchir La Sainte-Baume, j’avais mis dans mes oreilles un peu de musique aléatoire pour m’encourager dans ces efforts. Elle a raisonné dans mes oreilles, c’était à la fois le point de départ mais aussi le lien dans ce Je-ne-sais-quoi.
« La Musique et plus particulièrement le Piano (j’approuve Vaadimir!), essentiel en toute chose est ce je ne sais quoi d’insaisissable, d’ineffable. la chose la plus importante du monde c’est celle qu’on ne peut dire. Le langage est manquant, si on veut comprendre ce que la vie est vraiment, il faut écouter la musique. » (Ici, peu importe que cette chanson ait été écrite en hommage à Ella Fitzgerald)
Le Je-ne-sais-quoi, le presque-rien, c’est ce qui ne peut se dire, le langage est parfois manquant, mais ce je-ne-sais quoi, il est juste ouvert sur le mystère du monde, le mystère d’un instant, le mystère de la qualité d’une rencontre. C’est Vladimir Jankélévitch qui nous introduit si bien cette notion. Le Je-ne-sais-quoi, ou le presque rien, c’est saisir l’inconnu, c’est chercher la vérité du côté de l’inconnu, de l’incertitude. Le Je-ne-sais-quoi, le presque rein, c’est très sérieux, c’est quelque chose de très subtil ça raconte la réalité magique de l’être. Même les grands rationalistes avaient besoin d’un mot pour expliquer tout ce surplus qu’on ne peut pas expliquer par la raison. Vladimir Jankélévitch analysait ce Je-ne-sais-quoi métaphysique au sens propre du terme, conditionné par l’existence d’une espérance.
Montre ton rire ou ton chagrin
Mais que tu n’aies rien, que tu sois roi
Que tu cherches encore les pouvoirs qui dorment en toi
Tu vois ça ne s’achète pas
Quand tu l’as tu l’as
C’est comme une gaieté
Comme un sourire
Quelque chose dans la voix
Qui paraît nous dire « viens »
Qui nous fait sentir étrangement bien
Il est des rencontres qui brillent plus que d’autres, et je ne me l’explique pas. Bien sûr je peux dire qu’elle s’appelle Corinne, qu’elle nous a accueilli chez elle, qu’elle a mis à notre disposition pour la nuit un petit joyau. Bien sûr je pourrais raconter les évènements tragiques qu’elle a vécu, vit dans son cœur et dans son corps et combien ça bouscule la tête. Bien sûr nous pourrions évoquer son voyage aux Philippines pour « aller mieux », ce que n’a pas pu réaliser Pierre le frère de Benoit, encore une coïncidence. Bien sûr je pourrais parler de la Vendée où elle vit, de son métier et de la drôle de coïncidence qui fait que je connais une de ses amies qui travaillait à Nice. Bien sûr je pourrais raconter son impulsion de voyage à vélo: La Vendée-Lourdes de monastère en monastère sans avoir rien préparé à l’avance. Et d’autres anecdotes encore…
Mais les mots, ce langage que nous aimons ne parvient pas à lui seul à dire sa complexité et le temps est vite passé. Ces instants là sont précieux, il y a a de la beauté dans l’accidentel, la rencontre, le subtil, le rire, tout ce qui n’est pas nécessaire!
Ella, elle l’a
Ce je n’sais quoi
Que d’autres n’ont pas
Qui nous met dans un drôle d’état
Ella, elle l’a
Elle a, ou-ou ou-ou ou-ou ou, cette drôle de joie
Ce don du ciel qui la rend belle
Elle a ce tout petit supplément d’âme
Cet indéfinissable charme
Cette petite flamme
Cette rencontre là est unique pour ce Je-ne-sais-quoi, ce presque rien qui illumine.
Une chose est certaine et ce voyage ne fait que la confirmer: c’est l’instant présent qu’il faut vivre, dans lequel il faut s’engager tout entier pour capter l’étincelle toujours fugace. L’instant est irréversible, les choses sont à chaque fois différentes et c’est ce qui fait notre liberté, à nous de les saisir ou pas…
Vladimir Jankélévitch a d’ailleurs pensé le temps à partir de l’instant, il conclut son ouvrage « Le Je-ne-sai-quoi et le presque-rien » par cette pensée si inspirante.
« Tout à l’heure il sera trop tard car cette heure là ne dure qu’un instant le vent se lève c’est maintenant ou jamais, Ne perdez pas votre chance unique dans toute l’éternité, ne manquez pas votre unique matinée de printemps. »
Je-ne-sais-quoi…Presque rien…c’est infini
